À l’occasion des États Généraux de la Nuit, politiques, géographes, paysagistes et philosophes ont fait nuit blanche à l’Hôtel de Ville pour “inventer les métropoles de la nuit”.

La nuit, on refait le monde – eux, ils refont la métropole. De 23 heures à 2 heures (27) du matin, vendredi 12 novembre, le débat “Inventer les métropoles de la nuit” laissait le champ libre aux réflexions urbanistiques les plus expérimentales et poétiques, après les propositions plus concrètes des ateliers de journée.
Comment circuler dans une nuit à l’échelle métropolitaine? Comment adapter au mieux la ville de demain aux nouveaux usages des “grands parisiens”? Anne Hidalgo, première adjointe au maire de Paris, a lancé quelques pistes en discutant avec un géographe, des philosophes, un paysagiste, un architecte urbaniste et un tagueur. Sous les lustres éclairés de bleu de l’Hôtel de Ville, la discussion a insufflé un peu de rêve et de poésie dans ces Etats Généraux.
“Temps de l’anormal”, pour Jean Blaise, le créateur de la Nuit Blanche, “la nuit sert de révélateur, (…) elle fait encore peur”.
Et il n’est pas sûr qu’il faille la domestiquer.
Le Grand Paris la nuit, “il est déjà là! “ s’esclaffe Marc Armengaud, le philosophe qui menait la conversation.
“J’espère juste que ce sera une nuit moins rébarbative et répétitive. Parce que finalement, les gens vont toujours dans les mêmes trois boîtes de nuit, dans les mêmes cinq restaurants, et ils prennent toujours la même ligne de métro, jour et nuit.”
Pour écouter sa réponse plus longuement, c’est ici : Marc Armengaud 1
Selon lui, le prochain coin le plus urbanistiquement “in” de la périphérie, c’est la zone Rungis-Orly. Elle détient un potentiel d’abord culinaire: le marché de Rungis permet de très bien manger la nuit. A quelques kilomètres de là, la boîte de nuit géante Metropolis accueille des fêtards des quatre coins de l’Ile-de-France… et du monde entier, tout frais débarqués de leur avion à l’aéroport d’Orly.
Implanter des zones de ce type serait un moyen de remédier au caractère “éphémère”de la nuit en banlieue, souligné par Pierre Mansat. Pour l’adjoint au maire chargé de Paris Métropole, les plus belles nuits de la périphéries sont celles de la Fête de l’Humanité, “populaires, fraternelles et généreuses”. Ailleurs en périphérie, plus bobo que coco, les nuits du Bois de Vincenne-Montreuil et de l’Île Saint-Germain sont de plus en plus animées.
Des quartiers qui n’existent encore ni de jour ni de nuit vont émerger. Anne Hidalgo a rappelé les nouvelles implantations dans la petite couronne, Paris Nord-Est, Clichy-Batignolles et Masséna, comme la réhabilitation de la Halle Freyssinet. Sans parler du projet de reconquête des voies sur berge, qui permettrait de faire communiquer de nouveau les deux rives, comme c’est le cas à Belgrade, à titre de comparaison.
C’est bien la question des connexions entre les espaces dynamiques qui se pose, puisque la nuit transforme la métropole en « ville-archipel ». Dans la capitale, quelques îlots rassemblent des activités de nuit propres à chaque lieu : Pigalle, les Champs-Elysées, la Butte aux cailles, Montparnasse, Saint-Germain-des-Prés, le Marais, Bastille, ou encore les Halles. Pas si éloignées les unes des autres, mais pas forcément reliés entre eux, ces quartiers peuvent être comparés à des îles. Mathias Armengaud, architecte et urbaniste, voit ces « plaques » sous l’angle de la couture :
“Le jour on veut recoudre des espaces. On va peut-être arriver, entre deux plaques, à établir un lien. Mais la nuit, il faut peut-être accepter ce qu’il y a entre deux plaques, et parfois ne pas recoudre, ou recoudre autrement”, suggère-t-il.
Dans cette ambiance de lâcher-prise, une idée surgit : la politique publique ou urbaine ne peut pas tout régenter.
“Peut-être ne faut-il pas chercher à relier artificiellement des pôles qui n’ont pas à l’être », lance Anne Hidalgo. “C’est aux usagers de créer les liaisons qu’ils veulent bien inventer. Mais sans doute faut-il préserver des identités de lieux, d’îlots, d’archipels, qui permettent à chacun de trouver ce qu’il cherche la nuit”.
Une pensée que les frères Armengaud ont expérimentée dans leur protocole “Troll”, qui met la marche nocturne et l’exploration à l’honneur. Dans la même lignée d’expériences géo-urbanistes, le géographe Luc Gwiazdzinski fait une proposition pour mesurer les habitudes des Franciliens : les équiper de GPS pour établir une trace de leurs déplacements. Et ainsi cartographier la métropole via ceux qui la font vivre.
Pour écouter Marc Armengaud parler urbanisme, marche et nuit, c’est ici : Marc Armengaud 2
Qu’on se le dise : le penseur de l’urbanité nocturne est fâché avec les questions de sécurité. Son ennemi juré : le lampadaire blafard qui donne aux squares et aux cours d’immeubles des allures de stade de foot. Si Marc Armengaud parle d’”éclairage défensif et souvent très violent” en banlieue comme dans la capitale, c’est le philosophe Sébastien Marot qui s’est montré le plus remonté dans les débats.
“Exaspéré”, il abhorre cette “tentative de chasser la nuit en la balayant de faisceaux”.
Il préfère aux réverbères sinistres les lumières des restaurants, des fenêtres et des balcons, comme des « boules de Noël » accrochées dans l’épaisseur de l’obscurité. Finalement, “c’est beau une ville la nuit”, résume Sébastien Marot en citant ce titre d’un livre de Richard Bohringer :
“Ça gomme les imperfections, ça estompe les surfaces et les écrans, ça donne du champ à l’imagination… la nuit, l’espace irradie.”
Nina Montané
Je suis un peu rassuré par ces documents eviquant des pistes de reflexion , un peu surpris que des “experts” et politiciens se penchent enfin sur le dossier, a suivre quand meme.. C est vrai qu il n y a des nouveaux quartiers de paris et a sa périphérie qui naissent, le fameux Grand Paris est dailleurs la réponse a ce déclin de la nuit intra muros qui est un espace assez restreint et ultra dense comparé aux autres capitales qui elles peuvent jouir d espaces plus vastes . Il faudra mettre le paquet sur les transports en commun, en attendant le métro express dans 10/15 ans.Le rapport du Grand Paris culturel recemment primé se penche dailleurs la dessus, preconisant egalement la creation d un carnaval sur le modele de Notting Hill (londres)