Nouvel an belge à Paris: le plat pays réuni !

À Montmartre, Wallons et Flamands ont enterré la hache de guerre pour boire de la bière…

Après les Russes et les Chinois, voici les Belges ! Alors que leur pays en est à son 472e jour sans gouvernement, Wallons et Flamands expatriés en France se sont réunis pour fêter leur nouvel an. La troisième édition de ce réveillon belge avait lieu à Paris, Lille et Marseille, le 24 septembre.Le belge Gilles Vanneste,  grand gourou de cette fête, nous explique comment son projet est né:

“J’ai eu l’idée de cette soirée il y a 7-8 ans lors du nouvel an russe chez Castel avec pleins d’amis Belges. Du coup on s’est dit pour plaisanter : ‘pourquoi pas faire notre propre réveillon ?’. C’est devenu une réalité en 2008. On trouvait ça drôle de créer la confusion. Certains Français pensent vraiment que les Belges ont leur propre date de nouvel an dans le calendrier !”

Dans la capitale, les festivités se tenaient à Montmartre, à partir de 16 heures, et jusqu’au bout de la nuit. Parce que chez les Belges, apparemment, la nuit commence l’après-midi.

Arrivées au métro Abbesses sur les coups de 19h, nous cherchons à humer les douces odeurs de moules frites et de gaufres au chocolat. Peine perdue, il n’y a que des effluves de houblon. La Affligem, sponsor officiel de la soirée, coule à flots sur le pavé Montmartrois. Ce premier indice nous donne de l’espoir : si bière il y a, le Belge ne doit pas être loin.

D’ailleurs, un énergumène, drapeau noir-jaune-rouge à la main, attire notre attention. Dans un micro, il déblatère des onomatopées devant un attroupement.  Il s’agit en fait de l’animateur de la radio web « La chambre à air », venu animer  la fête de la bière le réveillon au croisement des rues Lepic-Abbesses. On parvient à décrypter un :

 “J’ai jamais vu une croûte humaine assise sur des chambres à air ! Qui n’est pas bourré?”

À ces mots, une fanfare retentit. La foule en délire, une (ou deux) bière(s) à la main, rebondit gaiement au rythme de la musique sur de véritables chambres à air qui font office de poufs.


Nouvel an belge à Paris 2011: la chambre à air… par 2h27

Karim, Loïc et Éloïse ne sont pas là par hasard. Des Belges, une fois ? Non. Des Français qui ont “pas mal de potes qui ont fait des études en Belgique”.  Ils portent chacun un magnifique nœud papillon aux couleurs de la Belgique : «C’est pour soutenir les Belges ! ».

“Faire chier les russes et les chinois”

Mais leur accessoire n’est rien à côté du costume de Guy Florentin. Cet homme de 58 ans est maire du Bas-Montmartre et délivreur officiel de passeports pour la Présipauté de Groland.

Guy Florentin, 58 ans, maire du bas Montmartre

Nommé maire à vie, il n’est pas peu fier de ses fonctions. “J’ai déjà marié des Belges de Montmartre avec des Français! Vous savez, même Delanoë me dit ‘Monsieur le maire’ !”. C’est la troisième fois qu’il participe au nouvel an du Plat pays. 

“Tout le monde est bienvenu !“, lance-t-il en arborant un superbe badge ‘la frite vous aime’.Nous, les Montmartrois, on aime beaucoup les Belges”. Mais il reconnaît que “ce nouvel an, c’est surtout pour faire chier les Russes et les Chinois”.

Guy Florentin est bavard : il veut absolument qu’on sache qu’il parle sept langues : anglais, provençal, espagnol, portugais, français, italien, corse… et un peu de slave, d’arabe, d’argot parisien et de sabir. D’ailleurs, il nous en fait la démonstration (une fois), en déclamant une Cigale et la Fourmi pas comme les autres:

Nouvel an belge 2011: la cigale et la fourmi… par 2h27

La nuit commence à tomber sur la Butte. Il est 2h27 moins 6 heures. Direction le café Burq, QG du réveillon.

Café Burq, QG du nouvel an belge

“Mireille Mathieu, c’est Édith Piaf version Jeanne d’Arc”

Nous espérons cette fois croiser Flamands ou Wallons. En vain. En guise de fritophiles, on tombe sur six Mireilles et un Mathieu.

Véritables sosies de la chanteuse française, ils la parodient via des playbacks chorégraphiés sur ses propres chansons. Admirez un peu:

Nouvel an belge 2011: les Mireilles et Mathieu… par 2h27

Nous les retrouvons en coulisses, alors qu’ils font tomber perruques, épingles, et robes noires austères. Nadia, 37 ans, et authentique Belge, nous explique son (dés)amour pour Mireille :

“Toutes ses chansons, ce sont des chansons d’amour meurtri. Ce sont surtout des fantasmes, qu’elle aurait rêvé derrière ses rideaux, sans les avoir jamais vécus. Mireille Mathieu, c’est Édith Piaf version Jeanne d’Arc”.

Les cinq Belges, la Française et la Québécoise qui composent « Mireilles et Mathieu » sont venus spécialement de Bruxelles, en camionnette, pour participer au réveillon. “C’est un concept chouette, une absurderie. C’est bien !”, dit Nadia.

Gilles Vanneste, créateur du Nouvel an belge en France

Gilles Vanneste, le fondateur du Nouvel an belge, aimerait maintenant étendre cette presque tradition en Belgique et dans d’autres capitales comme Londres, Berlin ou New York.

“Ce qui est drôle, c’est que la Russie et la Chine sont deux gros pays. Et nous à côté, on est un petit pays mais on arrive quand même à faire croire qu’on a notre réveillon la dernière semaine de septembre”.

Et puisque les Belges ne veulent rien faire comme tout le monde, le décompte de minuit aura lieu entre une heure et deux heures. Car la soirée se poursuit jusqu’à 6 heures, à la Machine du Moulin Rouge. On l’aura compris, ce nouvel an, c’est surtout l’occasion de faire un dernier canular à la belge. Et un bon prétexte pour faire la fête dans la capitale.

***Bonus : Philippe, 100% belge, vous souhaite un bon réveillon.

Philippe, authentique Belge

Bénédicte Lutaud et Élisa Bertholomey

Photos: Bénédicte Lutaud,  CC license by nc

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